Archives mensuelles : janvier 2012

Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je ne me foule pas trop (c’est dimanche quoi !), en vous repostant simplement un podcast fortement apprécié, découvert cette semaine sur l’excellent blog d’Oedipe Purple.
Le genre de truc qui me donne illico envie de me prendre un billet d’avion pour Berlin, voire Detroit.

oedipe purple

 

Brothers  In Love est un label tout beau tout neuf, né à Berlin il y a peu sur les cendres d’une house music des origines. Au delà de cet amour de Ron Hardy et consorts, Joshua et Max les tenanciers du label, ont les oreilles suffisamment larges pour accueillir une musique électronique noire, voire industrielle du meilleur effet. Mon homie berlinois Max K met donc à disposition depuis aujourd’hui le premier podcast d’une longue série on l’espère.

Tracklist:

Glaxo Babies – Maximal Sexual Joy – Heartbeat Records
Mika Vainio – Conquering The Solitude – Editions Mego
Colin Gorman Weiland – Despair & Confession – Downwards
Dresvn feat. Sensational – Bliss (DJ Sotofett’s Raggabalder Dubplate Versjon) – Acido Records
Reel By Real – Look At Me – a.r.t.less
Auto Delta Time – Ms. Minnie – Acoustic Division
Vincent Floyd – Heart Attack – Relief Records
Mark The 909 King –…

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Sunny Dunes : Influences Mixtape Vol.2

La première fois que je me suis irradié sous le soleil de ces dunes, c’était à la mi-août, au détour d’une mixtape concoctée soigneusement pour l’Assomption par l’ami CroCnique, à qui je dois bien plus d’une découverte fondamentale.

J’y entendais un morceau intitulé Go-Go d’un certain Kira Perov, qui se glissait à merveille parmi d’autres compositions de grands noms présents sur cette compilation, parmi lesquels Brian EnoManuel GöttschingCoil ou encore Cliff Martinez, pour vous donner un petit aperçu de la qualité de la sélection.

Intrigué, j’entrepris alors quelques recherches qui me firent découvrir avec stupeur, tant ce morceau semblait abouti, qu’il s’agissait là d’une autoproduction.

Il faut dire qu’avec l’avènement d’internet puis de Myspace, nous avions eu droit à tout et n’importe quoi, et que j’avais fini par délaisser quelque peu tous les adeptes du D.I.Y. , tant la déception était souvent au rendez-vous.

Seulement voilà, j’avais quelque peu oublié qu’en cherchant bien, on peut encore trouver sur la toile de véritables artisans, tel ce Kira Perov, qui oeuvre donc plus régulièrement sous le nom de Sunny Dunes.

Je ne jouerai pas ici les défricheurs de talents, car bon nombre d’autres bloggeurs ont avant moi succombé au charme de ses compositions, que ce soit l’ami CroCnique cité plus haut, Oedipe PurpleMuzik et Cultures ou encore le Gourou Joseph Ghosn, qui eu l’honneur d’un album exclusif, parmi les plus appréciés de l’année passée.

Sunny Dunes me donne aujourd’hui enfin une belle occasion de parler de lui sans trop passer pour un plagiat, en nous offrant en exclusivité une mixtape de ses influences (téléchargeable ici), à la sélection comme toujours éclectique et pointue.

Une bonne manière pour ceux qui ne le connaissent pas encore d’aborder sa musique car, s’il y a bien pour moi quelque chose qui m’a surprit d’emblée à l’écoute de ses plages sonores, c’est toutes les références parfaitement assimilées que l’on peut y croiser, pour ne créer au final qu’une oeuvre à l’univers parfaitement singulier.

Et que l’on m’arrête si je me trompe mais cette rare faculté, dans le processus créatif musical, est généralement un sérieux gage de talent.

Sunny Dunes Influences Mixtape Vol.2

Tracklisting :

1 – Daphne Oram : Adwick High School no.1 / Studio Experiment no.1
2 – Autechre : Known(1) / R Ess
3 – Ken Seeno : Another Leaf Lying On The Ground
4 – Sun Ra : Rocket Number Nine
5 – Prince Jammy : Old Country Rd. Dub
6 – Psychic TV : Botanica
7 – DJ Krush : What’s Behind Darkness
8 – Arthur Russell : Tower Of Meaning
9 – Brother Raven : Eagle Vision
10 – Cluster : Umleitung
11 – Oneohtrix Point Never : Terminator Lake
12 – Terry Riley : I (Poppy Nogood & the Phantom Band…)
13 – Michael Nyman – Drowning by number 3
14 – Polygon Window : Quino-Phec / Funny Little Man

Sunny Dunes on Bandcamp

Sunny Dunes on Soundcloud

Sunny Dunes Influences Mixtape Vol.1

Maurice Pialat : ‘L’Amour Existe’

Maurice Pialat : ‘L’Amour Existe‘ (1960), (Films de la Pléiade)

       ‘Longtemps, j’ai habité la banlieue. Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe, comme dans un film. La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra plus jamais appréhender.

        Longuement j’ai habité ce quartier de Courbevoie. Les bombes démolirent les vieilles maisons, mais l’église épargnée fut ainsi dégagée. Je troque une victime contre ces pierres consacrées ; c’était un camarade d’école ; nous chantions dans la classe proche : « Mourir pour la patrie »« Un jour de gloire vaut cent ans de vie ».
        Les cartes de géographie Vidal de Lablache éveillaient le désir des voyages lointains, mais entretenaient surtout leur illusion au sein même de nos paysages pauvres.
        Un regard encore pur peut lire sans amertume ici où le mâchefer la poussière et la rouille sont comme un affleurement des couches géologiques profondes.
        Palais, Palace, Eden, Magic, Lux, Kursaal… La plus belle nuit de la semaine naissait le jeudi après-midi. Entassés au premier rang, les meilleures places, les garçons et les filles acquittent pour quelques sous un règne de deux heures.
        Parce que les donjons des Grands Moulins de Pantin sont un « Burg » dessiné par Hugo, le verre commun entassé au bord du canal de l’Ourcq scintille mieux que les pierreries.
        A quinze ans, ce n’est rien de dépasser à vélo un trotteur à l’entraînement. Le vent d’hiver coupait le polygone du Bois de Vincennes ; moins sévère que le vent de l’hiver à venir qui verrait les Panzers répéter sur le terrain.
Promenades, premiers flirts au bord de la Marne, ombres sombres et bals muets, pas de danse pour les filles, les guinguettes fermeraient leurs volets. Les baignades de la Marne, Eldorado d’hier, vieillies, muettes et rares dorment devant la boue.
        Soudain les rues sont lentes et silencieuses. Où seront les guinguettes, les fritures de Suresnes ? Paris ne s’accordera plus aux airs d’accordéon.

        La banlieue entière s’est figée dans le décor préféré du film français. A Montreuil, le studio de Méliès est démoli. Ainsi merveilles et plaisirs s’en vont, sans bruit
        « La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie » chantait Piaf. La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie. L’ennui est le principal agent d’érosion des paysages pauvres. Les châteaux de l’enfance s’éloignent, des adultes reviennent dans la cour de leur école, comme à la récréation, puis des trains les emportent.

        La banlieue grandit pour se morceler en petits terrains. La grande banlieue est la terre élue du p’tit pavillon. C’est la folie des p’titesses. Ma p’tite maison, mon p’tit jardin, mon p’tit boulot, une bonne p’tite vie bien tranquille.
        Vie passée à attendre la paye. Vie pesée en heures de travail. Vie riche en heures supplémentaires. Vie pensée en termes d’assistance, de sécurité, de retraite, d’assurance. Vivants qui achètent tout au prix de détail et qui se vendent, eux, au prix de gros.
        On vit dans la cuisine, c’est la plus petite pièce. En dehors des festivités, la salle à manger n’ouvre ses portes qu’aux heures du ménage. C’est la plus grande pièce : on y garde précieusement les choses précieuses.
        Vies dont le futur a déjà un passé et le présent un éternel goût d’attente.
        Le pavillon de banlieue peut être une expression mineure du manque d’hospitalité et de générosité du Français. Menacé il disparaîtra.
        Pour être sourde la lutte n’en est pas pour autant silencieuse. Les téméraires construisent jusqu’aux avants-postes. L’agglomération parisienne est la plus pauvre du monde en espaces verts. Cependant la destruction systématique des parcs anciens n’est pas achevée. Massacre au gré des spéculations qui sert la mode de la résidence de faux luxe, cautionnée par des arbres centenaires.
        Voici venu le temps des casernes civiles. Univers concentrationnaire payable à tempérament. Urbanisme pensé en termes de voirie. Matériaux pauvres dégradés avant la fin des travaux.
        Le paysage étant généralement ingrat. On va jusqu’à supprimer les fenêtres puisqu’il n’y a rien à voir.
        Les entrepreneurs entretiennent la nostalgie des travaux effectués pour le compte de l’organisation Todt.
        Parachèvement de la ségrégation des classes. Introduction de la ségrégation des âges : parents de même âge ayant le même nombre d’enfants du même âge. On ne choisit pas, on est choisi.
        Enfants sages comme des images que les éducateurs désirent. Jeux troubles dans les caves démesurées. Contraintes des jeux préfabriqués ou évasion ? Quels seront leurs souvenirs ?
      Le bonheur sera décidé dans les bureaux d’études. La ceinture rouge sera peinte en rose. Qui répète aujourd’hui du peuple français qu’il est indiscipliné. Toute une classe conditionnée de copropriétaires est prête à la relève. Classe qui fait les bonnes élections. Culture en toc dans construction en toc. De plus en plus la publicité prévaut contre la réalité.

        Ils existent à trois kilomètres des Champs-Élysées. Constructions légères de planches et de cartons goudronnés qui s’enflamment très facilement. Des ustensiles à pétrole servent à la cuisine et à l’éclairage.
– Nombre de microbes respirés dans un mètre cube d’air par une vendeuse de grands magasins : 4 millions
– Nombre de frappes tapées dans une année par une dactylo : 15 millions
– Déficit en terrain de jeux, en terrain de sport : 75%
– Déficit en jardin d’enfant : 99%
– Nombre de lycées dans les communes de la Seine : 9. Dans Paris : 29
– Fils d’ouvriers à l’Université : 3%. A l’Université de Paris : 1,5%
– Fils d’ouvriers à l’école de médecine : 0,9%.
– A la Faculté de lettres : 0,2%
– Théâtre en-dehors de Paris : 0. Salle de concert : 0

        La moitié de l’année, les heures de liberté sont dans la nuit. Mais tous les matins, c’est la hantise du retard.
        Départ à la nuit noire. Course jusqu’à la station. Trajet aveugle et chaotique au sein d’une foule serrée et moite. Plongée dans le métro tiède. Interminable couloir de correspondance. Portillon automatique. Entassement dans les wagons surchargés. Second trajet en autobus. Le travail est une délivrance. Le soir, on remet ça : deux heures, trois heures, quatre heures de trajet chaque jour. Cette eau grise ne remue que les matins et les soirs. Le gros de la troupe au front du travail, l’arrière tient. Le pays à ses heures de marée basse.

        L’autobus, millionnaire en kilomètres, et le travailleur, millionnaire en geste de travail, se sont séparés une dernière fois, un soir, si discrètement qu’ils n’y ont pas pris garde.
        D’un côté les vieux autobus à plate-forme n’ont pas le droit à la retraite, l’administration les revend, ils doivent recommencer une carrière.
        De l’autre, les vieux travailleurs. Vieillesse qui doit, dans l’esprit de chaque salarié, indubitablement survenir. Vieillesse comme récompense, comme marché que chacun considère avoir passé. Ils ont payé pour ça. Payé pour être vieux. Le seul âge où l’on vous fout la paix. Mais quelle paix ? Le repos à neuf mille francs par mois. L’isolement dans les vieux quartiers. L’asile. Ils attendent l’heure lointaine qui revient du pays de leur enfance, l’heure où les bêtes rentrent. Collines gagnées par l’ombre. Aboiement des chiens. Odeur du bétail. Une voix connue très lointaine… Non. Ils pourraient tendre la main et palper la page du livre, le livre de leur première lecture.

        Les squares n’ont pas remplacé les paysages de L’Ile de France qui venaient, hier encore, jusqu’à Paris, à la rencontre des peintres.
        Le voyageur pressé ignore les banlieues. Ces rues plus offertes aux barricades qu’aux défilés gardent au plus secret des beautés impénétrables. Seul celui qui eût pu les dire se tait. Personne ne lui a appris à les lire. Enfant doué que l’adolescence trouve cloué et morne, définitivement. Il n’a pas fait bon de rester là, emprisonné, après y être né. Quelques kilomètres de trop à l’écart.
        Des années et des années d’hôtels, de « garnis ». Des entassements à dix dans la même chambre. Des coups donnés, des coups reçus. Des oreilles fermées aux cris. Et la fin du travail à l’heure où ferment les musées. Aucune promotion, aucun plan, aucune dépense ne permettra la cautérisation. Il ne doit rien rester pour perpétrer la misère.La leçon des ténèbres n’est jamais inscrite au flanc des monuments.
        La main de la gloire qui ordonne et dirige, elle aussi peut implorer. Un simple changement d’angle y suffit’.


Texte tiré du film, écrit par Maurice Pialat, et retranscrit dans son intégralité.

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